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Argumentaire contre Ecopop

12. Nov. 2014

Peu de revendications politiques soulèvent autant de raisons de les refuser que l’initiative Ecopop. Par conséquent, le rejet du texte est tout aussi répandu parmi les organisations politiques.

En effet, l’initiative est refusée non seulement par l’ensemble des partis et des organisations importantes, mais aussi (ce qui devrait d’ailleurs amener ses partisans à réfléchir) par toutes les organisations importantes consacrées à la défense de l’environnement ou à but caritatif. Même le président sortant du Club of Rome – l’institution mondiale la plus importante en matière de critique de la croissance – rejette la logique grossière derrière Ecopop : « Celui qui croit que l’on peut sauver l’environnement en freinant la croissance de la population se trompe. »

L’initiative aurait, en cas d’acceptation, des conséquences négatives pour tous. De plus, elle est le fruit d’une série de conceptions tordues, critiquables et maladroites de l’écologie, de la migration, de la croissance et de la politique de développement.

L’initiative Ecopop se fonde sur quatre idées fondamentales qui n’ont rien à voir avec la réalité :

  1. L’initiative part du principe qu’une initiative sur l’immigration qui ne concerne que la Suisse est en mesure d’influencer de manière pertinente le développement de la population, que ses initiants considèrent comme problématique d’un point de vue écologique.
  2. Elle part ensuite du principe qu’il est possible de diminuer le taux de natalité au moyen d’une politique démographique sans pour autant s’attaquer aux raisons de ce taux de natalité élevé (comme la pauvreté par exemple).
  3. Elle fait miroiter que l’immigration peut se laisser contrôler de manière mécanique. Les initiants ignorent tout simplement les circonstances concrètes et économiques qui ont amené la Suisse à perdre dans une large mesure le contrôle de son immigration sans qu’un retour en arrière ne soit possible.
  4. Enfin, elle met en relation la qualité de l’environnement avec l’immigration et ignore totalement le comportement de la population résidente.

En plus d’être mauvaise car s’appuyant sur des conceptions grossières et erronées, l’initiative Ecopop est critiquable pour son aspect :

Terriblement inapplicable : L’immigration ne se laisse contrôler que de manière très partielle. De toutes les tentatives de contrôle, aucune n’est aussi maladroite et manifestement inappropriée que l’établissement d’une limite de l’immigration fixe et exprimée en pourcentage. Elle permet encore moins de liberté que d’autres instruments de régulation tels que les contingents ou la préférence nationale, notamment lorsqu’il est question de réagir aux besoins du marché du travail ou à d’autres facteurs qui exigeraient une politique flexible. La mise en œuvre d’un texte aussi mal réfléchi ne soulèverait pas seulement une longue liste de problèmes juridiques quant à son application, elle encouragerait également l’immigration clandestine : le droit des étrangers que cette initiative mettrait en place serait probablement contourné de manière encore plus manifeste et systématique que ne l’est déjà le droit actuel.

Economiquement suicidaire : L’initiative nous priverait de la main d’œuvre étrangère dont nous avons urgemment besoin (l’immigration nette ne s’élèverait en effet plus qu’à 20% du chiffre actuel). Une économie planifiée aussi rigide que celle réclamée par Ecopop nuirait à la place économique et scientifique suisse fortement internationalisée et étoufferait dans l’œuf toute dynamique économique. Du fait du quota fixé et très difficilement adaptable que l’initiative inscrirait dans notre Constitution, la Suisse se verrait dans l’impossibilité à long terme de prendre la moindre mesure en matière de politique migratoire, quand bien même la nécessité de telles décisions ne serait pas remise en cause. L’initiative Ecopop achèverait enfin de mettre la relation de la Suisse avec l’Union Européenne dans l’impasse. Nous nous sommes déjà lié les mains avec l’initiative sur l’immigration de masse. Avec l’initiative Ecopop, nous nous les couperions.

Chauvin : L’initiative trouve son origine dans le souci de voir l’humanité dans son ensemble mener un train de vie trop élevé et voudrait que les populations qui ne vivent pas encore avec un tel train de vie demeurent les plus pauvres possible. C’est pourquoi l’initiative part du principe que certains doivent pouvoir vivre selon un train de vie trop grand pour les ressources à disposition tandis que d’autres ne le devraient pas. Au fond, ce texte part du principe d’un monde à deux classes.

Paternaliste : Tandis que ces autres doivent rester pauvres, afin de consommer et d’émigrer le moins possible, ils ne doivent pas non plus se reproduire comme c’est le cas actuellement. Par conséquent, les moyens de contraception risquent de devenir les seuls produits industriels dont les initiants veulent bien faire profiter les populations des pays en développement. Ecopop semble en effet croire que les gens pauvres ont beaucoup d’enfants en raison de leur ignorance et de leur absence de retenue et qu’une simple explication sur un emploi correct du préservatif suffirait à améliorer la situation. Ainsi, Ecopop semble croire que nous sommes plus à même de savoir ce qui est bon pour les personnes vivant dans les pays en développement qu’elles-mêmes ne le sont. Ce n’est pas de la politique de développement mais de la politique d’anti-développement. Cela signifie un retour en arrière, à la sombre époque à laquelle l’Homme Blanc allait expliquer aux sauvages de ce monde la manière dont il fallait qu’ils vivent afin que leur vie serve l’intérêt de l’Homme Blanc, un retour en arrière à l’époque à laquelle l’Occident jouait par rapport au Tiers-Monde le rôle du père soucieux mais sévère et traitait les adultes en enfants afin de mieux pouvoir les exploiter. Concrètement, la Suisse devrait mettre chaque année près de 200 millions de francs de côté pour la distribution de moyens de contraception. Des fonds qui manqueraient ensuite pour le soutien de la formation et de la santé, pour les écoles et les hôpitaux, les semences et les systèmes d’irrigation. Et cela ne fonctionnerait pas, car le taux de natalité ne diminue pas là où l’on trouve plus de moyens de contraception à disposition, mais là où le rôle sociétal de la femme est valorisé, où l’accès à la formation est garanti et où la lutte contre la mortalité infantile et maternelle porte ses fruits.

Faussement fondé sur le volontariat : Bien sûr, les partisans de l’initiative insistent sur le fait que leur texte ne concerne que le planning familial volontaire. Le recours volontaire aux moyens de contraception présuppose cependant que les femmes connaissent les aspects fondamentaux du fonctionnement de leur corps et qu’elles soient indépendantes de leur parenté masculine et de leur partenaire dans la mesure où elles peuvent prendre de manière autonome les décisions qui s’imposent. L’ordre des choses qu’il convient de respecter est alors le suivant : d’abord l’émancipation et ensuite le planning familial. Dans le cas contraire, les femmes ne deviennent que davantage dévalorisées: dévalorisées non seulement par l’image de leur famille dans leur environnement familial et culturel, mais également par des Occidentaux paternalistes qui considèrent leurs enfants comme une sorte de pollution qu’il s’agit de réduire.

Xénophobe : La xénophobie est la tendance qui consiste à faire porter aux étrangers qui immigrent la responsabilité pour le plus grand nombre de problèmes possible. Après que l’initiative contre l’immigration de masse et le débat qu’elle a déclenché ont déjà rendu l’immigration responsable de tous les problèmes possibles, Ecopop pousse la logique encore plus loin en faisant comme si la Suisse était un écosystème fermé dans lequel le simple fait d’immigrer constituerait une sorte de pollution. En réalité, ce qui est décisif lorsque l’on parle d’empreinte écologique, ce n’est pas où l’on vit, mais comment l’on vit. Autrement dit, est xénophobe celui qui fait porter à quelqu’un la responsabilité d’un dommage à l’environnement non pas en raison de son mode de vie et de consommation mais en raison de son origine.

Misanthrope : L’initiative se fait la voix d’une écologie qui représente un but en soi, indépendamment du fait de savoir si elle bénéficie à la population ou non. Dans le monde d’Ecopop, l’homme n’appartient pas à la nature, mais représente lui-même une sorte de pollution. Quand les partisans d’Ecopop souhaitent protéger la nature, cela ne doit pas tout compte fait également profiter aux hommes, car la nature doit être tenue la plus éloignée possible du fléau humain. Une telle conception ne peut être que misanthrope.
Apocalyptique : Ecopop part du principe que le monde va s’effondrer du fait d’une reproduction incontrôlée. Elle ignore par là-même le rôle de l’innovation et du progrès technologique. Par le passé, famines et autres catastrophes ont été prédites comme conséquences d’une surpopulation, la plupart du temps de manière infondée. En lieu et place, les hommes ont toujours prouvé qu’ils pouvaient s’en sortir avec peu de ressources grâce aux progrès de la technologie et relever les défis que comporte un monde toujours plus densément peuplé. Les scénarios catastrophes pronostiqués ont toujours été démentis : ainsi, les urbanistes newyorkais prédirent une disparition de la ville sous des mètres de déjections de cheval dues à l’augmentation du trafic urbain ; c’était sans compter avec l’invention de la voiture motorisée. Maintenant encore, l’humanité trouve et trouvera des solutions. Pour cela cependant, l’innovation demeure nécessaire, une innovation qui peut toujours germer justement là où un grand nombre de personnes cohabitent densément.

Inadéquate : Ecopop fait de la politique avec des instruments inappropriés. Le mitage du territoire doit être combattu par un aménagement du territoire responsable, les trains bondés par une politique des transports adaptée, l’augmentation des prix de l’immobilier par une politique de construction de logements ; le tournant écologique doit quant à lui être atteint par un changement de notre propre comportement. L’initiative n’apporte que la même réponse à tout cela : limiter l’immigration, toujours et encore. Ecopop, qui aimerait protéger l’environnement au moyen de la politique migratoire, se trompe comme l’on se tromperait en voulant lutter contre la prostitution avec une loi sur les constructions ou assainir le budget de la Confédération en modifiant la loi sur la circulation routière.

 

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