L’UDC révèle le visage le plus laid de la démocratie suisse
L’initiative UDC vient d’être rejetée : nous avons gagné, mais la démocratie en est sortie affaiblie. Avec ses initiatives contre la « surpopulation étrangère », l’UDC impose son agenda xénophobe depuis des décennies. Et tout le monde s’incline. Tant que nous continuerons à nous féliciter de ce mauvais spectacle au nom de la démocratie directe, l’UDC continuera à dicter les règles du jeu. Et nous serons toutes et tous perdant·es.
La démocratie directe suisse fait rêver bien au-delà de nos frontières. À juste titre : elle est unique. Mais la droite xénophobe l’aime aussi. Parce qu’elle offre une scène idéale pour attiser les peurs : contre les minorités et contre les personnes étrangères. De la toute première initiative populaire suisse sur l’interdiction de l’abattage rituel en 1893 jusqu’au scrutin de ce dimanche, la mobilisation des ressentiments xénophobes, antisémites et islamophobes est un fil rouge dans l’histoire de notre démocratie.
Le verdict est tombé, mais le scénario était connu d’avance : l’UDC révèle le visage le plus laid de la démocratie. Pendant des mois, le premier parti du pays a soufflé sur les braises : « trop » d’étrangers, et surtout les « mauvais » étrangers. Mais le problème n’est plus vraiment l’UDC. Son populisme et sa xénophobie n’étonnent plus personne. Le problème, ce sont tous les autres. Toutes celles et tous ceux qui acceptent de se faire se conformer au discours de l’UDC.
Avant même la première enquête d’opinion, il était évident que cette initiative avait de réelles chances d’être acceptée. Ce fut le début de la fin. Personne ne voulait se brûler les doigts avec cette patate chaude – et, soit dit en passant, la pomme de terre est originaire d’Amérique du Sud avant de trouver son chemin dans nos rösti – et qualifier clairement l’initiative de l’UDC pour ce qu’elle était : un projet visant à alimenter la xénophobie. On a préféré tergiverser, flatter les émotions faciles et les prétendues préoccupations de la population : les inquiétudes, les trains bondés, les loyers élevés – parce que oui, après tout, l’immigration est peut-être un peu élevée.
Et que dire de la campagne du « non » menée de manière transpartisane sous l’impulsion du PLR ? Elle reprenait les mêmes clichés sur les « touristes criminels » et les « requérants d’asile criminels » que le Comité d’Egerkingen – cette machine de guerre à l’origine des initiatives islamophobes contre les minarets et la « burqa ». Pourquoi ? Pour les mettre au service « non ». Le secrétaire général du PLR Jonas Projer martelait : « davantage d’illégaux issus de cultures étrangères ». Et que penser du « racisme utilitariste » si bien identifié et analysé par les journalistes WOZ ? À la fin, tout le monde a fini par se rallier à ce discours. « Notre » AVS, « nos » routes, « nos » personnes âgées : nous devons NOUS SERVIR de tous ces « étrangers ». Au final, la stratégie de la droite xénophobe a parfaitement fonctionné : presque tout le monde a fini par reprendre la rhétorique du « nous » face aux « étrangers » de l’UDC à son compte.
Est-ce encore de la démocratie ?
Des campagnes comme celle-ci révèlent le visage le plus sombre de la démocratie : un instrument à disposition d’une groupe dominant pour assujettir un groupe dominé – dans ce cas privé du droit de vote. Elles nourrissent des récits hostiles à l’autre, attisent les réflexes de rejet et ne mobilisent guère autre chose que la peur, la colère et le ressentiment. Au lieu de débattre de ce que nous voulons devenir ensemble comme pays, comme société, comme démocratie ; au lieu de réfléchir à la manière dont nous souhaitons organiser notre avenir commun, nous votons pour décider si des personnes admises à titre provisoire doivent être expulsées vers des zones de guerre et perdre leur droit fondamental à la vie familiale. Et nous faisons comme si ce type de discussion était normal. Comme s’il était légitime. Comme s’il était à la hauteur d’une démocratie. Sérieusement ?
L’initiative de l’UDC a été rejetée aujourd’hui. Mais la véritable perdante, c’est la démocratie suisse. Elle avait déjà commencé à perdre des plumes bien avant ce scrutin. Et elle risque d’en perdre encore plus avec la prochaine initiative dite « pour la protection des frontières ». Car même si celle-ci viole le droit international impératif, le Parlement trouvera difficilement le courage d’exercer son mandat constitutionnel et de la déclarer invalide. La crainte de l’UDC est devenue une force politique à part entière. Et il ne faudra sans doute pas longtemps avant qu’une nouvelle initiative contre la « surpopulation étrangère » voie le jour.
C’est précisément ce que voulait montrer la campagne « Blame Game » d’Opération Libero. Depuis Schwarzenbach, c’est toujours la même histoire : « C’est la faute des étrangers ! » La Suisse doit se libérer de l’étau de l’UDC et rejeter ces projets avec la plus grande fermeté – autour d’un verre, aux repas de famille, dans les clubs de sport, dans les médias, au Parlement et, bien sûr, dans les urnes.
Le comité directeur national d’Opération Libero