Qui dit « Pas de guerre » doit dire « Oui à l’Europe »
Ceux qui écrivent « Pas de guerre » sur des affiches tout en combattant l’Europe n’ont pas compris la leçon essentielle de l’histoire européenne : la paix ne naît pas de l’isolement, mais de la coopération. Le peuple suisse l’a compris. C’est désormais au Parlement d’agir.
Si on veut la paix, on doit s’allier avec celles et ceux qui la défendent. Si on veut protéger la démocratie, on doit se tenir aux côtés des démocraties. Et si on veut empêcher les autocrates de s’en prendre à nos libertés, on ne peut pas, en même temps, combattre la coopération européenne qui protège ces libertés.
Aujourd’hui, le peuple suisse a tracé une ligne claire : non à l’isolement. Non à une neutralité qui nous contraindrait à détourner le regard face aux violations manifestes du droit international. Oui à une Suisse qui assume ses responsabilités. Oui à l’Europe.
Le message de ce dimanche de votation est sans ambiguïté : la paix ne se construit pas en s‘isolant. La sécurité non plus.
Qui dit « Pas de guerre » doit vouloir l’Europe
Les initiants autour de « Pro Suisse » et l’UDC de Blocher ont fait de l’Europe l’ennemi à abattre tout en faisant campagne pour leur initiative sur la neutralité avec des slogans comme « Pas de guerre ». Cette contradiction n’a pas échappé au peuple.
Car si l’on veut empêcher la guerre, on doit aussi défendre le projet de paix que l’Europe a construit après deux guerres mondiales. D’anciens ennemis sont devenus partenaires. Les frontières se sont ouvertes, des règles communes ont été établies et les conflits se règlent de plus en plus à la table des négociations plutôt que sur les champs de bataille. C’est de cette expérience qu’est née l’Union européenne.
La paix en Europe ne tombe pas du ciel. C’est une conquête politique. Et c’est précisément cette coopération que l’initiative sur la neutralité aurait affaiblie. Elle aurait éloigné la Suisse de la coopération européenne en matière de sécurité et empêché la reprise des sanctions de l’UE contre les États agresseurs.
Et cela, en ce moment historique précis.
Alors que la Russie mène sa guerre contre l’Ukraine. Alors que cyberattaques, sabotage, désinformation et incursions de drones font partie du quotidien européen. Alors que les autocrates testent chaque jour un peu plus les limites de l’ordre international.
Dans ce contexte, « Pas de guerre » ne peut pas être un slogan vide. Une question reste posée à celles et ceux qui le brandissent : comment construire la paix en affaiblissant ceux qui la défendent ensemble ?
La neutralité n’est pas un passe-droit
La Suisse ne peut pas se neutraliser en dehors du contexte européen. Nous faisons partie de l’Europe, géographiquement, économiquement et politiquement. L’Europe défend le respect de la dignité humaine, la liberté, l’égalité et l’État de droit. Ce qui concerne l’Europe nous concerne aussi.
Cela vaut également pour la sécurité. La guerre hybride menée par le Kremlin ne s’arrête pas à la frontière suisse. Les cyberattaques ne connaissent pas de clause de neutralité. La désinformation ne s’intéresse pas à notre statut. Et le sabotage ne peut pas être empêché par un simple « nous ne nous en mêlons pas ».
Face à celles et ceux qui défendent nos libertés et à celles et ceux qui cherchent à les détruire, il n’y a pas de neutralité possible. La neutralité ne doit jamais devenir un passe-droit pour les autocrates et les responsables de violations des droits humains. La paix ne se construit pas en détournant le regard, mais à travers des partenariats solides, des règles communes et le courage de défendre la démocratie. La neutralité peut être un instrument de politique étrangère et de sécurité. Mais elle ne doit jamais devenir une fin en soi.
Et encore moins conduire la Suisse à détourner le regard lorsque ses partenaires se mobilisent pour la démocratie et le respect des règles internationales.
Le peuple suisse a voté. Au Parlement d’agir maintenant.
Le « non » d’aujourd’hui est aussi un mandat donné au Parlement. Pour la énième fois, le peuple suisse a rejeté une politique d’isolement. Pour la deuxième fois rien que cette année – après le rejet également net de la prétendue initiative « pour la durabilité ». Le message est clair : la Suisse ne doit pas continuer à s’éloigner de l’Europe. Elle doit s’en rapprocher.
Et la prochaine occasion est déjà sur la table : les Bilatérales III.
Dès demain et jusqu’à mercredi, le Conseil des États débattra des accords. Le Parlement doit tirer la conséquence qui s’impose du résultat d’aujourd’hui : le peuple veut coopérer avec l’Europe. Les Bilatérales III doivent être rapidement menées à bien et soumises au référendum facultatif.
Car l’Europe n’est pas un partenaire commercial comme les autres. En Europe, nous sommes chez nous. L’UE est notre principal partenaire commercial et politique. Dans le contexte actuel, nous avons plus que jamais besoin de relations solides avec les démocraties libérales qui nous entourent.
Le « non » d’aujourd’hui était un « non » à l’isolement. Il faut maintenant un « oui » à la coopération.
« Pas de guerre », c’est un « oui » à l’Europe. Un « oui » aux Bilatérales III.
Le comité directeur national d’Opération Libero